Apprentissages fondamentaux pour réussir à l’école : quelles contributions et complémentarité du périscolaire, de l’extrascolaire et de la famille ?
Dans le cadre de sa mission de réduction des inégalités scolaires, en complémentarité de l’école primaire et en lien étroit avec le monde de la recherche, l’association Coup de Pouce a organisé une journée d’étude le 3 décembre 2025.

Sous l’impulsion du conseil scientifique de Coup de Pouce, le thème abordé a été celui des enjeux et processus d’explicitation et d’appropriation des apprentissages fondamentaux en dehors du temps scolaire. Les intervenantes et intervenants ont interrogé la manière dont les espace-temps éducatifs hors de la classe via leurs actrices et acteurs peuvent offrir des approches pédagogiques et éducatives complémentaires de l’école, innovantes et différenciées dans l’acquisition et le rapport aux apprentissages fondamentaux, en particulier pour les enfants qui subissent le plus fortement les inégalités scolaires dont celles et ceux qui grandissent en contexte plurilingue. Cette journée s’est inscrite en complémentarité des actuels travaux menés par la Convention Citoyenne des temps de l’enfant.
Les temps hors de la classe : un socle essentiel pour les apprentissages
Les temps périscolaires, extrascolaires et familiaux, constituent la base des besoins fondamentaux de l’enfant en agissant sur toutes les sphères de son développement : physique et moteur, social et affectif, cognitif et langagier. Ces besoins conditionnent directement l’accès aux apprentissages dits fondamentaux. Leur contribution doit être reconnue, valorisée et intégrée dans une vision globale de l’éducation.
Les idées fortes de la journée :
- Favoriser la circulation de tous les savoirs des enfants entre les temps scolaires, péri et extrascolaires et familiaux.
Les enfants qui vivent précocement des conflits de loyautés entre leurs différentes sphères de vie ne bénéficient pas d’une réelle circulation et reconnaissance de tous leurs savoirs et de leurs compétences. C’est tout particulièrement le cas pour les enfants plurilingues en regard de la faible visibilité ou de la dévalorisation de leur capital linguistique. Besoin fondamental de construire une alliance éducative effective, considérant l’ensemble des temps d’apprentissage, dans l’école et en dehors de celle-ci, et permettant à l’ensemble des acteurs de ces temps de se coordonner autour du développement des apprentissages de l’enfant. - Rendre visibles et légitimes les apprentissages hors de la classe
Documenter et reconnaître les bénéfices des activités familiales, périscolaires et extrascolaires dans l’acquisition des savoirs scolaires. - Impliquer l’institution scolaire dans la reconnaissance des espaces-temps hors de la classe
L’Éducation nationale a un rôle clé dans la construction des alliances éducatives visant à renforcer la continuité éducative des temps de l’enfant. Il s’agit de :
– Reconnaître et évaluer l’impact des apprentissages réalisés hors de la classe,
– Former et accompagner les missions des équipes enseignantes afin qu’elles puissent développer les continuités éducatives avec les acteurs et les actrices péri et extrascolaires comme avec les parents.
– Valoriser et rémunérer le travail essentiel des enseignants et enseignantes qui construisent des continuités éducatives avec les acteurs périscolaires, extrascolaires et avec les familles,
– Soutenir ces démarches par une politique éducative cohérente et réaffirmer dans les programmes. - Promouvoir et développer le jeu sur les différents espace-temps de l’enfant
La journée d’étude a également mis en lumière l’importance fondamentale du jeu en particulier du jeu libre et du jeu symbolique comme moteur du développement global de l’enfant.Reconnaître la place du jeu dans tous les temps de l’enfant – à l’école, en périscolaire, en famille – est essentiel pour promouvoir des apprentissages naturels, motivants et profondément ancrés dans l’expérience. Donner du temps et de la légitimité au jeu, en particulier pour les plus jeunes, est ainsi une condition de l’équité éducative et de la réduction des inégalités d’accès aux apprentissages. - Penser collectivement l’évaluation des apprentissages hors la classe
L’évaluation des effets des temps hors de l’école sur les apprentissages et les parcours scolaires doit être réfléchie collectivement, afin que les enfants ne soient plus les seuls à relier les expériences vécues, les connaissances et les compétences acquises dans leurs différents environnements.
Cette co-construction doit permettre :
– une meilleure compréhension des compétences développées hors de la classe,
– un partage entre professionnels, enseignants, familles et partenaires éducatifs. - Reconnaître la valeur et l’impact de l’ensemble des métiers qui œuvrent aux côtés des enfants (AESH, personnes chargées de l’animation périscolaire, éducateurs et éducatrices, ATSEM, etc.)
L’apport des missions éducatives et du savoir-faire des personnes qui accompagnent les différents temps de vie de l’enfant est actuellement sous-évalué et sous-valorisé dans leurs parcours professionnels et dans leur rémunération. Une politique ambitieuse de formation et de reconnaissance des compétences doit être menée pour que ces métiers soient attractifs et durables. - Prévenir l’envahissement du scolaire dans la vie des enfants
Une forte vigilance est nécessaire pour éviter un glissement vers une sur-scolarisation de la vie des enfants. Il s’agit de privilégier une approche développementale du temps de l’enfant, respectueuse de ses rythmes et de ses besoins, plutôt qu’une approche centrée sur le rendement scolaire associé aux activités hors de la classe.ConclusionsLes conclusions de la journée d’étude vont nourrir les actions de Coup de Pouce en contribuant à une circulation renforcée et outillée des savoirs entre la classe, le club et la maison dans une démarche d’amélioration continue de programmes de l’association. Pour que les acquis puissent être transférés et consolidés, il faut un maillage entre les adultes et les environnements éducatifs, langagiers et linguistiques : sans ces liens, les apprentissages demeurent « situés », difficilement généralisables et donc peu capitalisables dans les parcours scolaires des enfants.
La journée d’étude a mis en lumière que les inégalités scolaires se fabriquent également dans les discontinuités entre les mondes que traversent les enfants. Reconnaître, articuler et valoriser les temps hors de la classe comme des espaces de découvertes, d’apprentissages, d’échanges, de coopérations est une démarche essentielle.
Soutenir le travail des enseignants/enseignantes et des équipes professionnelles qui accompagnent les enfants dans les espaces-temps hors de la classe et structurer collectivement les temps de la vie de l’enfant sont des conditions indispensables pour construire une éducation plus juste et émancipatrice.
C’est en pensant l’éducation comme un bien commun partagé entre la famille, l’école, les collectivités et les associations que l’on peut réellement agir pour l’équité et la réussite de tous les enfants.





